mercredi 23 décembre 2009

Vanderbilt, Le Cygne



Il m'apparaît aujourd'hui (de façon très simpliste - mais je n'ai pour l'heure aucune envie de me fourvoyer dans un sujet de "sociologie du parfum"- ) que dans l'immense famille des parfums, il y a les grands nobles (ceux qui n'ont plus rien à prouver et trônent depuis des décennies sur l'empire parfumé), les arrivistes et parvenus ( parfums bling-blings et autres "hors de prix" qui n'ont souvent que cela de particulier...), les marginaux, et enfin les petits humbles, jeunes ou anciens que l'on trouve juste à côté des colognes bon-marché des rayons Monop' mais qui ont l'art d'éveiller nos émotions parfois mieux encore que certaines vieilles barbes du parfum, encore toutes auréolées de gloire passée!
Vanderbilt, le plus ancien de la marque, celui au packaging mauve tendre représentant un Cygne, fait partie de cette dernière section.
Il a été créé en 1982 par l'immense Sophia Grojsman.
Ce parfum évoque pour moi la douceur dans toute sa féminité. Il s'ouvre sur des notes fraîches et subtiles légèrement aldéhydées, de bergamote, de notes vertes, de fleur d'oranger et de lavande.
Il évolue doucement sans heurt aucun, comme dans une brume, vers des notes fleuries de jasmin blanc, de fleur d'oranger, de rose, d'oeillet et d'iris (ces deux derniers confèrent d'ailleurs une gracieuse touche poudrée à l'ensemble). Le fond se patine et se cuire très légèrement à mon nez avec des notes de cannelle, de musc, d'opopanax et de santal crémeux.
L'ensemble est vraiment très harmonieux, féminissime et d'une douceur inouïe...
Qui plus est, il se marie à merveille avec les saisons, toutes! Mais moi je le préfère par temps froid avec un pull en cashemire, c'est d'ailleurs à cette matière douce, chaude, portée à même la peau, qu'il me fait songer.

A vos (petites) bourses , prêtes, partez ! ;o)

jeudi 3 décembre 2009

George Sand - Les parfums historiques- Maître Parfumeur et Gantier.


L'automne prend fin... Les arbres, ces géants téméraires qui chaque jour veillent paternellement sur nous, ont perdu leurs couronnes d'or pour nous dévoiler pudiquement et dans un silence qui leur appartient, leur sombre squelette.
Empereurs dénudés, décatis, ils s'endorment dans l'attente d'un renouveau, et exposent ainsi à nos yeux affligés, leurs silhouettes se détachant des terres comme autant de mains crispées, tendues vers le ciel.

L'automne prend fin...Et si parfois nos pensées sont à la couleur de ce ciel bas et gris, tâchons de débusquer des instants d'agrément volés au détour d'images, de sons, de parfums.
Il en est un justement, qui me chuchote des mots, des phrases, il en est un dont j'ouvre le flacon comme une lettre enrubannée, cachetée...auprès de l'âtre.
L'Eau de Parfum, George Sand.

Ce parfum me transporte dans la bibliothèque d'une demeure bourgeoise où les étagères fourmillent d'ouvrages de toutes formes, des manuscrits reliés à l'emporte pièce aux plus beaux livres vêtus de cuir odorant.
La parquet en chêne massif craque sous les pas...

L'eau de parfum a été conçue et imaginée par le parfumeur Nicolas de Barry pour la (trop) discrète maison Maître Parfumeur et Gantier. Pour mener à bien le projet de ce jus à visée historique, Nicolas de Barry, a scrupuleusement fouillé les textes de George Sand et enquêté sur les goûts de cette femme peu commune. Aurore Dupin avait des penchants pour le moins affirmés. En témoigne son attirance pour les odeurs de caractère et notamment celle, puissante et terreuse du patchouli.
Ce fameux patchouli que l'on retrouve dans l'eau de parfum, mais attention, ici point de patchouli entêtant, façon Woodstock ou encens étourdissant. Non il s'agit là d'un patchouli discrêt, poli, entouré de bergamote et de citron de Sicile qui lui confère légèreté et pétulance. La rose lui tend la main, et l'ambre réchauffe son coeur.
Selon mon nez et ma sensibilité, L'eau de George Sand n'est pas un parfum sensuel comme j'ai pu le lire déjà. Au contraire je le trouve parfaitement "cérébral", une invitation à la lecture, à l'étude, à l'écriture ou à la contemplation.

"Olfactivement" on pourrait le rapprocher de deux célèbres parfums, orientaux et boisés: Opium d'abord, mais l'eau de George Sand est bien plus discrète, plus timide, plus sèche qu'Opium qui fait figure de "luxure" comparé à George Sand.
Il y a aussi dans les éditions de parfum de Fred. Malle, le très beau Noir Epices plus riche en épices (comme son nom l'indique...), mais dont la construction me semble assez parallèle à George Sand.

George Sand était femme à fumer le cigare, à porter pantalons et à dominer ses montures à califourchon, il serait de bonne guerre que ces messieurs aujourd'hui s'essayent à porter et adopter l'eau de parfum George Sand. Je l'ai sentie sur un homme et puis vous assurer que c'était fort réussi!
Sur une femme rien à dire, il est très beau aussi...

Tête: Citron et bergamote de Sicile
Coeur: Patchouli, rose et ambre
Fond: Musc et Santal

La distribution n'est pas large mais, Nohant étant à quelques encablures de chez moi, j'ai l'opportunité de me ravitailler à la charmante petite boutique attenante à la maison de George Sand.

mardi 24 novembre 2009

Rêver un peu....

J'aime cette scène (ce film et James McAvoy), infiniment...Mon incorrigible romantisme sûrement...

Alors avec un anachronisme absolu mais de bon aloi, je me permets de "parfumer" les amoureux éperdus.

Jane en Verte Violette de L'Artisan Parfumeur
Tom en Royal English Leather de Creed...

jeudi 19 novembre 2009

La Chasse aux Papillons- L'Artisan Parfumeur


Les parfums sont évocateurs d'images, de sensations, de mélodies. Il existe une eau de toilette qui invariablement me renvoie à une scène de vie. J'aimerais vous en faire part; et qui sait, peut-être avez-vous déjà été en proie au même songe lorsque vous avez respiré cette eau de toilette...?

C'est la fin d'une matinée de printemps dans un paysage des plus champêtres qui soient. Les arbrisseaux sont en bourgeons, le blé est tendre et vert, les arbres majestueux arborent leur tout nouveau feuillage avec une éclatante insolence! Les oiseaux piaillent joyeusement, les merles rivalisent de lyrisme moqueur et les papillons tourbillonnent, s'embrassent gaiement...
Au beau milieux de ce même cadre, une femme ouvre grand une fenêtre de sa demeure, et là, la grâce d'un instant suspendu... Les oiseaux tendent l'oreille, une brise fait onduler les blés: L'aiguille d'un antique phonographe vient de se poser sur un disque usé de Charles Trenet. Le son se répand dans la campagne, désuet, craquelant, charmant. La femme se mire dans les carreaux de la fenêtre ouverte, réajuste son corsage puis son chignon...Elle est belle, émouvante et sent si bon. Elle sent la tendresse, la fleur de tilleul froissée, mêlée à la douceur d'une fleur d'oranger enfantine et à la suavité d'une tubéreuse un peu farouche, à peine solaire, discrète....

"La pendule fait tic tac tic tic
Les oiseaux du lac pic pac pic pic
Glou glou glou font tous les dindons
Et la jolie cloche ding din don
Mais ...

Boum!
Quand notre cœur fait Boum
Tout avec lui dit Boum
Et c'est l'amour qui s'éveille..."


Pour moi, c'est tout à fait ça La Chasse aux Papillons de L'Artisan Parfumeur!

Quelle poésie que cette eau de toilette qui n'a qu'un défaut: sa tenue. En effet celle-ci laisse à désirer, aussitôt posée, trois petits tours et puis s'en va...Mais, c'est peut-être justement dans sa fugacité que réside toute sa délicatesse...

mardi 10 novembre 2009

Bois de Violette...


La pluie tombe...Une coulée fraîche qui épure et dépouille de sa luxure, Féminité du Bois...Cette pluie assourdit les puissantes épices, glace les fruits et humidfie la tendre violette qui exhale de toutes ses forces les parfums de sa timidité.
C'est une version épurée, perlée de gouttes de pluie, et aristocratique de Féminité du Bois..A mon nez, Bois de Violette est la plus magique déclinaison de Féminité du Bois....

En vente exclusivement aux Salons du Palais Royal, à Paris.

Féminité du Bois


Il est des heures, où les clameurs du jour laissent la place à la quiétude crépusculaire. Il est des heures, où les gouttes de pluie martelant les carreaux nous réconfortent plus encore que les rayons d'or du généreux astre. Il y a, des mélodies, comme des mots chuchotés au creux de l'oreille, vous murmurant ce que vous avez envie entendre. Il y a, des matières, qui vous bercent comme autant de bras bienveillants...
S'il est un parfum qui me ramène à ce sentiment de repli sur soi, de secrète profondeur, alors pour moi, indéniablement il s'agit de Féminité du Bois de Shiseido, deuxième création (après Nombre Noir) de l'énigmatique Serge Lutens, orchestrée par Christopher Sheldrake en 1992 ... Sa note de cèdre, omniprésente, de bois tendre mais rugueux, mêlée de fruits, de violette humide, de rose et de fleur d'oranger se conjugue à une précieuse coupelle d'épices colorées et vibrantes. On pourrait le ranger dans une catégorie: celle des boisés/épicés, mais je n'ai nullement envie de lui apposer une étiquette. Ce parfum est oeuvre d'art, il vous mène sur les rives du mystère. Celui qui est en nous. Cette petite part de magie qui réside dans chacun de nos regards. J'ai souvent comparé Féminité du Bois à une conversation secrète et séductrice, un dialogue d'alcôve, entre un piano et un violoncelle, celui du largo de la sonate opus 65, pour ces mêmes instruments, de Chopin.


Les notes de Tête : Gingembre, Cannelle, Clou de girofle
Celles de Coeur : Prune, Pêche, Fleur d'oranger, Violette
et enfin dans le Fond : Bois de Cèdre, Santal, Vanille, Benjoin

Bien entendu les années passent et les parfums trépassent...hélas.
Shiseido ne commercialise plus cette merveille. Celle-ci a quitté sa tenue élégante, sibylline, pour rejoindre les rangs de ses frères et soeurs de la Collection Serge Lutens. Il parait que ce faisant elle a légèrement été modifiée...Pourvu qu'elle ne perde rien de sa beauté, au passage.

mercredi 4 novembre 2009

le N°5...de Chanel.


Quel mythe! Quelle absolue légende du parfum! Le 5 traverse les décennies, les nations depuis 1921 et ce sans prendre une ride, une seule!
Je dirais même qu'il s'agit là d'un des plus jeunes et enjoués parfums qui soit. Tout du moins dans sa version Eau de toilette. Les jeunes filles aujourd'hui ont l'habitude de porter à outrance des jus pâlichons, des marmelades et confitures sucrées, ou des vanilles d'une lourdeur à provoquer une véritable indigestion à leur seule respiration.
Mais pourquoi diable ne penchent-elles pas leurs doux et angéliques visages sur le N°5 en eau de toilette?
Elles y découvriraient un éclat de rire, tout le pétillement d'un regard, une pluie d'étoiles scintillantes sur leur peau...
Alors oui, ces fameux aldéhydes à foison y sont sûrement pour quelque chose, car ils confèrent comme une forme d'élévation, tout en sublimant et aérant les fameuses notes fleuries de rose et de jasmin. Le 5 dans sa version eau de toilette est véritablement une ode à la joie!
Elle est séduisante, féminine, élégante, de belle facture et son petit côté rétro ne qualifie à mon sens nullement son sillage de "vieillot", dépassé, désuet. Je le trouve même d'une modernité époustouflante. Son énergie irisée me transportera toujours!

La version extrait quant à elle, est d'une beauté à couper le souffle, et même si les matières ont été quelque peu modifiées au cours des dernières années, Chanel a décidé de conserver les sublimes absolus de la Rose de Mai et du sensuel Jasmin de Grasse. La note Ylang y est tout simplement renversante. Après quelques instants passés au contact de la peau, l'extrait se réchauffe et se couvre d'un voile de poudre qui n'est pas sans rappeler la poudre de riz qui ornait les coiffeuses des belles du temps jadis, leurs décolletés en mousseline laissant apparaître une peau diaphane et soyeuse. C'est finalement dans cette concentration (l'extrait) que le côté rétro m' apparaît le plus clairement. Mais ce n'est pas sans charme, bien au contraire! Le 5 en extrait est un appel au baiser sur une peau douce et laiteuse. Le N°5 de Chanel posé au creux de vos petits endroits intimes favoris et...ces messieurs n'ont qu'à bien se tenir...!

La concentration qui me parait la plus bancale reste l'Eau de parfum. Alors certes, sa tenue est meilleure que l'eau de toilette, mais je trouve qu'elle perd en légèreté et en éclat. L'eau de parfum est plus pesante et comme "caramelisée". Elle plaira aux femmes qui apprécient les puissants sillages, car elle a une belle présence. Mais...personnellement je lui préfère l'envolée poétique de sa grande soeur...l'Eau de toilette.
Si vous n'adhérez pas, essayez simplement la nouvelle Eau Première, elle est une jolie introduction à l'univers du N°5 .

Dans les notes de tête, l'envol de sensuel de l'Ylang Ylang des Comores et du Néroli.
En son coeur , sont déposés la Rose de Mai et le Jasmin de Grasse
Le fond fait la part belle aux bois précieux...

Une légende, vous dis-je...! ;o)

lundi 2 novembre 2009

Idylle de Gerlain...


Eh bien ce sera sans moi! Thierry Wasser a voulu créer son "J'Adore de Dior", et s'est à mon humble avis, fourvoyé dans des sentiers mille fois battus.
Un muguet chimique ouvre le bal, mais il est nettement moins frais que celui du joli Diorissimo. Puis c'est la lente progression vers une danse de fleurettes blanches...(que c'est lassant!...) pour finir dans des notes senties maintes fois, une sorte de fond un peu crémeux mais, à mon nez, façon crème dépilatoire.... Non vraiment, je resterai polie mais c'est TOUT sauf du Guerlain... Et même si je reconnais qu'Insolence ne fait pas dans la dentelle (je l'aime beaucoup quand même cet Insolence), il demeure néanmoins l'arrière-petit rejeton de l'Heure Bleue. Idylle plaira j'en suis certaine, à une foule incommensurable de jeunes filles en fleurs, car il est propre et consensuel, mais selon moi sans caractère aucun... quel dommage!
Décidément, Guerlain a perdu le sens de ses valeurs.
Alors le fils très "branchouille" et "hype" de P.Morabito, Ora Ito, a beau avoir "designé" le flacon, cela ne rajoute pas grand chose à la piètre qualité du jus....
Je passe mon chemin!

dimanche 1 novembre 2009

L'Attrape-Coeur de Guerlain.

Un Guerlain qui, pour une provinciale, n'est pas aisé à trouver!  Et pour cause, celui-ci n'existe qu'en exclusivité dans les boutiques Guerlain parisiennes. Appelez-cela comme vous le voudrez, moi je considère cette petite "mise en scène" au mieux comme un snobisme de bon ton, au moins comme un élitisme quelque peu farfelu. Après tout, on parle "parfum" , pas de pierres précieuses et uniques.
Mais revenons-en au sujet même: l'Attrape-Coeur, d'abord commercialisé sous le nom de Guet-Appens et créé en 1999 par Mathilde Laurent, est un fort joli parfum. Et dans le fond on retrouve les notes poudrées sèches mais douces issues de la longue lignées des anciens Guerlain.
Sur ma peau , les notes de têtes sont fleuries d'iris et de violette, avec un soupçon de fruit. Une note abricotée peut-être? Le glissement dans la phase intermédiaire se fait avec beaucoup d'élégance, on y perçoit toujours la note d'iris un peu "racine" ainsi que la note fleurie de violette tendre. Puis une vanille un peu rugueuse vient caresser l'ensemble de la composition (ou peut-être s'agit-il  de la fève tonka?) . Enfin se dévoilent des notes boisées de santal crémeux, épais, mêlées à une poudre fine si distinctive des beaux Guerlains (Shalimar, l'Heure Bleue, Jicky).
Le tout est franchement chic!
Une image m'est apparue en le portant: Ce parfum démarre très haut dans la cérébralité puis chemin faisant, il se fait d'une sensualité redoutable!
Un parfum d'hiver à mon avis. Magnifique. Du Guerlain modernisé sans perdre de sa superbe. Du beau Guerlain.
Sa tenue est excellente!

Shalimar


Commentaire: Oui....."Comment taire" ce parfum qui m'a accompagné fidèlement pendant deux décennies? Il a été le coup de foudre absolu! J'avais enfin trouvé cette note ambrée, épaisse, incisive, que je cherchais tant.
Son départ de bergamote fusante et gaie laissait la place sans heurt à une vanille caramélisée, ambrée, cuirée à souhait.
Un ambre "cuiré" que je qualifierais de" gris", en référence à ces petites fioles bon marché Spiritual Sky que l'on trouvait dans les boutiques "Exopotamie" de mon adolescence, et que je m'offrais souvent. Dans Shalimar, je retrouvais une pointe de ce fameux ambre gris. Et j'en étais folle. Quelle classe! Un oriental qui accomplissait l'exploit d'être à la fois frais, brûlant et gourmand. Je comprends aisément que les garçonnes des années folles à la recherche éperdue d'orientalisme, soient tombées amoureuses de Shalimar! Ah Jacques Guerlain était décidément le plus grand parfumeur de tous les temps (cela n'engage que moi et j'ai une grande admiration pour Ernest Beaux -le 5 de Chanel- ainsi que pour le cultissime couple Daltroff et Wanpouille chez Caron, pour ne citer que les anciens.).
"Shalimar forever" chuchotais-je lors de mes "parfumages". Oui mais, c'était sans compter sur l'épouvantable monstre avaleur de luxe LVMH. Aussitôt Guerlain racheté par Sieur Bernard Arnaud et sa clique de joyeux lurons, aussitôt les différences dans les jus se sont-elles fait ressentir! A mon nez, Shalimar a d'abord été modifié à la fin des années 90. Première déception, minime cependant. Et puis au fil des années, tranquillement, la maison Guerlain a reformulé le mythe pour parvenir à un parfum plus strident en tête et quelque peu plus déséquilibré dans son ensemble.
Ses notes de têtes n'ont plus la tendresse incisive de la bergamote, mais sont devenues acidulées, nettement citronnées. Les notes de cœur apparaissent brutalement sans le glissement soyeux qui fut jadis. Quant aux notes de fond, on perçoit dans la mêlée une vanille plus "cheap" et ordinaire que celle qui fut autrefois. Toute cette dimension ambrée veloutée, cuirée, s'est affadie. Un mot sur la tenue de l'eau de toilette: Là encore en comparaison de l'eau de toilette des années 80/ jusqu'à 1995 environ, c'est le caractère "plus faible" qui l'emporte.

Repose en Paix Shalimar...Tu fus l'un des plus beaux parfums créés. Le feu qui t’animait jadis s'est amenuisé. J'ignore pour quelle raison d'ordre économique ou pour quelle absurdité décrétée par l'IFRA, on t'a ainsi anesthésié, mais je le déplore et me souviens de toi tel que tu fus dans ta splendeur passée, avec une nostalgie sans fond.

Reste l'extrait pour les amateurs et ceux dont les bourses se délient facilement, il est plus fidèle à l'original mais, là encore, je ne le reconnais plus vraiment.

Mise à jour: 06 avril 2013: Je reviens vers mon premier amour depuis peu. Je crois qu'il a été retouché incessamment, car je parviens à retrouver de  vraies émotions en portant l'eau de toilette (un cru de septembre 2012).
Alleluya!!! 

lundi 12 octobre 2009

Coco de Chanel


Aah les premiers frimas, l'automne, ses couleurs chatoyantes et mordorées. L'hiver, son vent froid et sa lumière blafarde, mais aussi les paysages immaculés, purs et infinis. Les cristaux qui s'amourachent des branchages...

Ces deux saisons ont la particularité de me réjouir non seulement pour leur immense beauté mais aussi parce que conjointement à la chute des températures, je me précipite sur mon flacon de Coco de Chanel. S'il faisait froid tout au long de l'année sous nos latitudes, je pense qu'il serait mon Number One. Toujours. Coco en eau de parfum et en extrait de parfum, de préférence.

Imaginez une étoffe, riche, luisante, épaisse et terriblement douce, d'un pourpre profond...Imaginez une corbeille de fruits et d'épices qui viendraient affoler vos sens...Imaginez, posées un peu plus loin, les plus belles et odorantes fleurs alanguies dans un vase baroque noir serti d'or... Une opulence, un sublime équilibre entre la vivacité et la chaleur des épices, des fruits confits et moelleux, et le luxuriant parfum des fleurs rares. Une radiance extraordinaire et une tenue absolument impeccable. Tout cela, c'est Coco de Chanel.

Coco est un parfum riche, vif, féminissime! Un chef d'oeuvre de Jacques Polge, créé dans mes petites années fétiches: The Eighties! En 84 pour être plus précise.

Ses notes de tête révèlent avec brio des notes fruitées et fleuries (pêche, frangipanier, mimosa). Le coeur vibre par une brassée de fleurs et d'épices: Jasmin de Indes, Rose de Turquie, Néroli et cascarille, cannelle, clou de girofle. Le fond est gourmand sans aucune mièvrerie cependant, avec ses notes d'opopanax, benjoin du Siam ,de fève tonka et de santal.

L'unique réserve que j'émettrais est la suivante...: C'est un parfum qui ne tolère point les chaudes ou tièdes saisons. Le froid mordant le rend encore plus beau! Dangereusement beau!

A chacun sa cocaïne: pour moi c'est Coco incontestablement.

jeudi 1 octobre 2009

Narcisse Noir de Caron


Il y a quelques temps de cela, j'ai ressenti le besoin de replonger dans une odeur, un parfum qui me ramène à mon enfance. Mais il ne s'agissait pas de retrouver les effluves que j'avais pu sentir sur des femmes de mon entourage pendant mes (très) jeunes années. Je voulais juste rencontrer une petite eau magique et douce qui me rappelle la tendresse de la prime jeunesse. Je vous le donne en mille, lors d'un petit détour à Paris, juste à côté de l’Élysée...c'est chez Caron que je l'ai trouvée.

Son nom évoque d'avantage le danger d'une femme fatale, plutôt qu'une comptine et un gros nounours rose?Mais croyez-moi, Narcisse Noir en eau de toilette n'a rien de la vamp à laquelle on pourrait s'attendre!

C'est une eau de toilette exquise, d'une douceur adorable. Un bouquet de fleurs blanches délicates dialoguant avec une fleur d'oranger enfantine à souhait, une eau qui n'en finit pas de s'arrondir dans le miel et un peu de musc délicat.

Le tout est aussi touchant de clarté qu'une chambre d'enfant aux tons pastels, rayonnante de lumière et de douce chaleur.

Et puis, toujours chez Caron (une fort jolie boutique d'ailleurs) j'en ai profité pour humer la version extrait (parfum) de Narcisse Noir (ou plutôt la reformulation de l'ancien Narcisse Noir).

Narcisse Noir en extrait est plus sombre que la version eau de toilette. Ce qui m'a frappée en premier lieu, c'était les notes "asphaltes" goudron chaud ou pneu brûlé qui se dégageaient sur ma peau. Mais très vite j'ai pu senti la fleur d'oranger ainsi que l'accord rose-jasmin moelleux et suave. J'y ai retrouvé en fond, la caronade, une sorte de poivre doux, mêlé à une note de miel de fleur d'oranger, ambrée et légèrement animale. Sa tenue est plutôt moyenne pour un extrait. Je lui préfère nettement la version eau de toilette , plus lumineuse, plus tendre et gaie. Mais là encore, question de peau et goût.

Sublime de Jean Patou


Prise dans les filets d'une furieuse envie d'oranges (non, je ne purge aucune peine derrière les barreaux... ) j'ai testé il y a peu, Sublime de Jean Patou. Oui... que voulez-vous, je reste dans le registre des vieux classiques (quoique 1992 pour celui-ci... ).

Je m'attendais à un fleuri capiteux (du Patou, en fait) égayé par une touche d'orange juteuse mais...il n'en fut rien...! Ce parfum m'a tout simplement charmée. Élégant, chic, intemporel et plutôt hivernal. Les notes de tête sont délicieuses: des agrumes (oranges peut-être mandarines) mêlées à une douce note ambrée. Délicate et orientale...Je me laisse séduire d'emblée par le joli mariage agrumes et ambre, la pétulance et le velours... puis au fil des minutes, quelque chose se passe! Sublime prend un tour offensif, il attaque avec des notes mordantes piquantes et presque épicées, (des aldéhydes probablement) et je sens poindre au loin une petite note animale, qui 'salit' un peu l'ensemble...très intéressant ce jus qui ne cesse d'évoluer sur ma peau. Je peux enfin sentir la tendre opulence du jasmin, quelques notes vibrantes de roses, peut-être aussi de la fleur d'oranger qui donne du moelleux mais qui toutefois se laisse vite mordre par une note de vétiver...saisissant! Pour finir , il laisse un sillage poudré, crémeux, épais.

Sublime est selon moi un très agréable parfum d'hiver. Construit sur deux accords assez peu communs (un côté sombre et mordant , l'autre d'une tendresse infinie). Je le vois porté sans ostentation mais avec maturité et distinction. Si vous ne le connaissez pas, je ne peux que vous enjoindre à le découvrir au gré d'une ballade parfumée! Sublime a vraiment un charme fou!

Femme de Rochas




Pour des raisons qui côtoient la nostalgie, Femme de Rochas est un de mes grands favoris. La première fois que je l'ai porté c'était dans sa version "lait pour le corps" et j'avais 18 ou 19 ans... Une merveille! Aujourd'hui il m'arrive de le porter dans sa version eau de parfum  ou eau de toilette (La différence entre les deux concentrations n'étant pas véritablement flagrante, on peut opter pour l'une ou l'autre indifféremment). Femme est un concentré de sensualité pour moi. Un fruité-épicé-chypré, de caractère. Son sillage est unique et très identifiable. Sa note de cumin lui confère une certaine animalité qui sublime véritablement la peau et les tissus nobles d'hiver.En plus du sillage tout simplement magnifique, le flacon aux formes inspirées par May West et le jus couleur ambre en font un "inoubliable"...

C'est très personnel mais je préfère Femme de Rochas, ou tout du moins sa reformulation (qui date de la fin des années 80) au jus des éditions de parfums Frédéric Malle, Le parfum de Thérèse (très melon d'eau à mon nez) , sensé pourtant être proche de la version originale de Femme de Rochas lancée en 1944. Femme a pour moi une connotation sentimentale, affective. Il est un emblème. Richesse du jus, velours, et véritable identité... il a tout d'un très Grand ! Et comme il s'agit d'un chypré fruité, la prune y jouant la vedette, il n'est pas sans me rappeler certaines facettes du sublime Mitsouko de Guerlain.



Un seul petit bémol, ses notes de fond qui sont un peu sourdes et forment un ensemble un tantinet opaque et "masculin". En cela, peut-être le chypré-fruité Mitsouko est-il plus réussi, son fond étant un moelleux velours.



Voilà encore un grand parfum promis à une disparition très prochaine, si vous l'aimez, hâtez-vous et fournissez vos placards en "Femme de Rochas", car ce sera bientôt un cher disparu, ou pire encore, un "reformulé" privé d' âme.




mercredi 30 septembre 2009

Vol de Nuit de Guerlain


J'ai enfin pris mon billet pour un Vol de Nuit. Je suis, depuis ce matin, sous le charme de ce sillage discret. Il me rappelle de lointains souvenirs sur lesquels je ne parviens que difficilement à poser des images... En premier lieu : Un vent frais, vert et un peu âcre déroule quelques volutes inspiratrices. Puis au fils des minutes il s'enhardit dans des notes plus chyprées, celles qui vous donnent envie de lever le menton et d'avancer fièrement vers l'absolue féminité. Enfin, les notes de fond réchauffent l' âme et m'émeuvent dans un cocon poudré, suave et doux. Ambre douce et vanille très légère, sans sucre aucun, m'enveloppent de tendresse. Ce Vol de Nuit n'évoque en rien la folle passion pour l'Ailleurs et l'aventure... Non...C'est à mon sens, un vol intérieur, nocturne. Peut-être plutôt l'envolée de quelques notes de piano s'échappant d'une vaste demeure, au clair de lune , sous le regard bienveillant d'une chouette au plumage gris...Il ne me reste plus qu'à attendre la nuit pour pouvoir le vivre "pleinement" ce beau parfum.

Boucheron pour Femme


Me revient à la mémoire, une amie chère, à la fac. Nous étions jeunes et elle portait alors le tout fraîchement paru, Boucheron pour femme, dans sa version eau de toilette. Je me souviens (moi qui étais alors une fervente adoratrice des notes de massepain suave de L'Heure Bleue de Guerlain) que son parfum me ravissait mais qu'il avançait une facette sèche, boisée, poudrée, parfois incisive et verte qui me dérangeait sur sa peau. Oui je ne m'en cache point, je suis une amoureuse du moelleux, du tendre, du doux,  (mais je me soigne en prenant de l'âge et de l’"expérience olfactive" ) et Boucheron avait cette pertinence un peu verdâtre et sèche qui me contrariait jadis. Le temps a passé et je reconsidère Boucheron, d'abord en eau de toilette . Je me surprends à penser : Comment ai-je pu bouder ce parfum toutes ces années à cause d'un souvenir lointain? L'eau de toilette a ce départ fruité d'abricot doux et sucré, juste végétalisé d'une herbe fraîche, tendre. Puis très vite le cœur des fleurs blanches (une cascade de fleurs blanches voluptueuses, sensuelles: Tubéreuse, ylang, jasmin, fleur d'oranger, narcisse, à en perdre la tête..!) se met à battre la chamade pour s'assoupir dans un lit douillet et confortable de santal, de fève tonka et de vanille. Ah quelle belle harmonie, vraiment! Un fleuri-oriental élégantissime, mais qui sait rester mordant et vif! Et puis aujourd'hui j'ai testé la version eau de parfum. Que dire? Il correspond en tout point à ce que j'aime dans un parfum. J'y retrouve tout ce que j'ai apprécié dans l'eau de toilette à la seule différence que les notes de fond se présentent plus rapidement à mon nez. Aussi à ce stade, la tubéreuse se fait-elle plus prononcée sur ma peau. Elle est belle, profonde. Elle s'alanguit et s'abandonne totalement dans la lascivité des notes de fonds moelleuses, comme un canapé sans fond...


Parfait en toute occasion, c'est un parfum élégant, mais casual... Très joli au printemps....!


Cuir de Lancôme


Voilà un vrai petit bijou qui sort des sentiers battus! Créé pour Lancôme par Caliste Becker en 2007, une sorte de réédition remasterisée d'un vieux Lancôme nommé "Révolte" en 1936.

Quel beau travail finement ciselé!

C'est un cuir fleuri, très doux, façon cuir clair, sac à main souple. D'emblée, je décèle une petite note que je décrirais volontiers de  "médicinale", et qui pourrait être le safran, mais celle-ci s'évanouit assez vite (elle confère toutefois beaucoup de charme et de personnalité au parfum ) au profit d'un fondu de cuir crémeux, voire poudré sur les notes de fond (un poudré quelque peu "amandé"). Le tout est fort harmonieux et pas ordinaire pour un sou. Je le comparerais volontiers à Jolie Madame de Balmain mais il est moins vert, moins vif, et moins incisif sur la peau. Bref, Cuir de Lancôme est un cuir doux, chic, clair. Et  pour ne rien gâcher à ce plaisir mutin, il bénéficie d’une bonne tenue!


Notes de tête: Bergamote, Mandarine, Safran

Notes de coeur: Jasmin, Ylang-Ylang, Aubépine, Patchouli

Notes de fond: Iris, Bouleau, Styrax


Un cuir très doux et que la pluie et l'humidité rendent plus beau encore.

L'Heure Bleue...


Oui, oui... Je sais. Voilà un parfum qui a été maintes et maintes fois décrit, raconté, encensé. Mais on peut aisément le comprendre, quand on est amoureux de l'Heure Bleue, on ne se lasse pas de lire à son sujet.
C'est un parfum que j'ai découvert lorsque j'avais une dizaine d'années. Mes parents et moi nous rendions chaque été pendant un mois en Tunisie, accompagnés d'amis. Nous avions coutume d'y louer une villa où nous passions notre temps à savourer les chaudes journées sur le sable blanc, et nous nous prélassions les tièdes soirées, un bouquet de jasmin à la main ou dans nos décolletés .


Souvent le soir, nous sortions pour aller déguster une glace ou prendre un thé à la menthe , en bord de mer. Une douce dame, amie de mes parents avait pour coutume de s'asperger de l'Heure Bleue, en eau de toilette, en cette quotidienne et nocturne occasion. Cela fait trente ans, et pourtant mon souvenir ne me fait pas défaut. En me concentrant bien je parviens aujourd'hui encore à saisir fugacement "des échappées" de mémoire olfactive. Elle portait l'Heure Bleue, divinement...
Une Heure Bleue qui prenait un tour à la fois fleuri, épicé, gourmand. Un départ vif glissant vers un indescriptible moelleux. C'était une pâtisserie surréaliste, qui se jouait sur des accords improbables de bubble gum, de calisson, de guimauve, de vanille délicate, d'une douceur exquise. Cette Heure Bleue enivrait tous mes sens, et je me réjouissais chaque soir de sa "présence".


Je crois que la tiédeur des nuits d'été tunisiennes transfigurait, pour ne pas dire transcendait littéralement les effluves de l'Heure Bleue. J'avais dix ans. Ma passion pour les parfums venait de naître! La suite fut collections, humages, essais, béguins pour certains parfums;  mais à 17 ans je suis tombée sur une miniature de l'Heure Bleue au bouchon doré. Lorsque je l'ai ouverte, toute ma passion alors oubliée pour d'autres amourettes m'est revenue de plein fouet et depuis ne m'a jamais plus abandonnée.

Je l'ai portée dans toutes ses concentrations et j'ai suivi ses évolutions avec plus ou moins de complaisance.
Il y a une dizaine d'années de cela, j'ai commencé à trouver à l'eau de toilette des notes trop encaustiques, trop miellées par rapport à celle de mes jeunes années. Je ne parvenais plus vraiment à y ressentir l'Heure Bleue de mon enfance. Seules les notes de fond demeuraient à peu près semblables à celles qui firent mon bonheur jadis. Un fond tout doux, poudré d'un voile de guerlinade, où subsistaient encore quelques notes gourmandes et réconfortantes.


Aujourd'hui, sous le coup des normes exigées par l'IFRA mais aussi pour (je l'imagine) des questions économiques, Guerlain (LVMH) a reformulé cette merveilleuse eau de toilette. Elle n'est plus que l'ombre d'elle-même et je me retrouve face à une petite eau diluée fleurie-héliotropinée désincarnée, lobotomisée. Qui plus est, sa tenue est tout à fait discutable. Heureusement, l'extrait demeure suffisamment proche de ce qu'était l'Heure Bleue dans mon souvenir. Le massacre n'est donc pas absolu et pour peu qu'on y mette les moyens, on peut encore porter l'Heure Bleue avec plaisir.


Quant à l'eau de parfum, j'ignore à l'heure actuelle ce que Guerlain en a fait....Wait and see.


Note de tête : bergamote, note anisée
Note de coeur : oeillet, néroli , tubéreuse, rose
Note de fond : iris, vanille, tonka


Il m'est arrivé d'entendre ou de lire par-ci et par là, que ce parfum était "vieillot". Il est vrai qu'on est loin des fleuris-fruités tant prisés par les jeunes, ou encore des vanilles lourdingues! Personnellement je pense qu'il n'y a pas d'âge pour porter ce merveilleux parfum car selon moi, il évoque à la fois la tendresse gourmande de l'enfance et la douceur complice d'une femme épanouie.
Un des plus beaux parfums qui soit....


MODIFICATION (le 10/09/2011) : J'aimerais apporter une petite modification à mes écrits au sujet des eaux de toilette L'Heure Bleue. N'ayant d'autre choix que de me procurer pour mon usage personnel, les eaux de toilettes actuelles, je trouve que finalement j'ai été un peu injuste ci-dessus, à leur sujet. En réalité, s'il est vrai qu'elles perdent un peu en matière de tenue (très peu) , elles sont toutefois aussi réussies et belles qu'auparavant. Lors de l'achat, laissez votre flacon de côté pendant au moins 6 mois au fond de votre placard, le temps d'une maturation supplémentaire. Vous verrez que vos retrouvailles n'en seront que plus belles! Puisse l'Heure Bleue nous charmer de ces douces notes longtemps encore!
Voilà qui est dit.